Le tien est donc le mien aussi

Aline, je dois partir… J’ai eu un fils. Avec Pauline. Je… Je ne savais pas, pardon. Je dois être là pour lui, tu comprends, annonça tranquillement Vital en baissant les yeux comme un chiot pris en faute.

Ces mots firent basculer le monde dAline. Elle mit un moment à réaliser ce quil venait de dire.

Un fils ? Tu mas trompée ? demanda-t-elle, avalant difficilement sa salive.
Non ! Vital leva les sourcils. Tu as mal compris. Cétait avant toi. Il a déjà trois ans. Cest juste… Elle ne ma rien dit tout de suite. Par fierté, par rancune, je ne sais pas. Mais maintenant, elle a avoué. Elle dit quil a besoin de son père, quelle veut une vraie famille. Quil a même des problèmes psychologiques à cause de mon absence.

Aline eut limpression doublier de respirer. Son cœur manqua un battement avant de cogner dans ses tempes. Trois ans… Pourquoi son ex avait-elle attendu si longtemps ? Pourquoi cela devait-il détruire leur famille ?

Super. Donc là-bas, tu as un fils, et ici, personne ? fronça Aline. Tu te rends compte de ce que va ressentir Théo ? Il sera abandonné par un père pour la deuxième fois !

Elle souffrait moins pour elle que pour son fils. Elle aurait voulu se jeter sur Vital, mais elle se retint. Serra les poings, expira…

Alors va-ten. Je ne te retiens pas, dit-elle froidement avant de se diriger vers le salon.

Aline ne voulait plus voir cet homme. Ni aucun autre, peut-être. Car on lavait déjà trahie une fois, elle et son fils, et lhistoire se répétait.

…Théo était encore dans son ventre quand son premier mari sétait détaché. Il sétait éloigné, avait dormi dans une autre chambre, évité ses questions. À peine un an après la naissance, il avait annoncé que ses sentiments sétaient évanouis, avait pris ses affaires et était parti.

Le plus cruel, cétait quil avait insisté pour avoir cet enfant.

Il faut perpétuer la lignée. On est ensemble depuis assez longtemps, non ?

Aline ne comprenait pas quelle lignée il voulait perpétuer, lui qui nétait pas un Rothschild. Mais un enfant semblait logique, alors elle avait fini par accepter.

Puis, quand ce fameux «héritier» était né, il sétait avéré que son mari nen voulait pas. Sauf pour la galerie, sans responsabilités.

Aline sétait alors promis : plus dillusions ni de châteaux en Espagne. Les hommes vont et viennent, les enfants restent. Et généralement avec leur mère.

Alors, au début, elle navait vu en Vital quun ami avec qui discuter. Elle avait gardé ses distances, méfiante envers les belles paroles. Même quand ils sétaient mis en couple, elle avait attendu un an avant de le laisser approcher Théo. Ils allaient au cinéma, se promenaient dans les parcs ou sur les quais, il linvitait parfois au restaurant. Mais elle ne lavait reçu chez elle que lorsque Théo était chez sa grand-mère.

Parfois, Aline se demandait pourquoi Vital persistait. Il y avait tant de femmes prêtes à sengager. Elle, au contraire, nattendait rien.

Pourtant, il avait été patient. Fleurs, réparations pendant que Théo était à la crèche, courses lourdes. Puis, il avait commencé à offrir des cadeaux à Théo par son intermédiaire.

Et un jour, il avait parlé de fonder une famille.

Aline, je crois quil est temps de passer à létape suivante. Vivre ensemble, au moins. On nest plus des ados à se cacher, avait-il dit un soir.
Tu sais bien que jai un fils, avait-elle répliqué.
Et alors ? Ça ne tempêche pas davoir un mari. Même si je ne connais pas Théo personnellement, il nest pas un étranger pour moi. Il est à toi, donc il est aussi à moi.

Aline avait longuement réfléchi. Vital prenait soin delle. Peut-être ferait-il de même pour Théo ? Elle avait enterré son rêve de grande famille, mais une lueur despoir sétait rallumée. Elle avait accepté.

Au début, tout avait été merveilleux. Vital jouait au foot avec Théo, réparait ses jouets, lui lisait des histoires en jouant les personnages. Théo avait fini par lappeler «papa». La première fois, Aline avait cru fondre de bonheur.

Mais avec le temps, Vital avait commencé à parler d«avoir ses propres enfants».

Écoute, Aline, si on faisait un bébé ? avait-il proposé un jour.

Quelque chose sétait noué dans la poitrine dAline, mais elle avait mis ça sur le compte dun malentendu.

On a déjà Théo. Il ne compte pas ?
Bien sûr que si ! sétait empressé de rectifier Vital. Cest juste… Tu comprends, je nai pas connu les couches, tout ça. Théo était déjà grand quand je lai rencontré. Jaimerais moccuper dun tout-petit.

Aline avait levé un sourcil sceptique. Elle savait que pour certains hommes, «soccuper» se limitait à quelques câlins et à frimer en public. À elle, il reviendrait de porter, délever, si jamais ça tournait mal.

Je ne sais pas… Attendons que Théo ait au moins dix ans, ce sera plus simple, et on verra.

Vital avait pris ça pour un quasi-accord, même sil nétait pas entièrement satisfait. Aline, elle, espérait quil oublierait ou changerait davis.

Et maintenant, ce coup de théâtre. Un fils ailleurs, qui, bien sûr, passait avant Théo.

Maman, où est papa ? demanda Théo au moment du coucher.

Aline ne savait où regarder. Cétait elle qui avait entraîné son fils dans cette histoire, elle qui lui avait donné de lespoir.

Papa est parti. Il ne pourra pas te voir pendant un moment.

Elle navait pas pu tout lui avouer ce jour-là. Elle avait préféré y aller progressivement, pour moins de souffrance. Mais la douleur était là, intense. Il y eut des larmes, des crises, des yeux rouges le matin. Théo refusait de croire que son père ne reviendrait pas, parlait de le retrouver. Aline le consolait comme elle pouvait, puis pleurait dans son oreiller une fois quil dormait…

Six mois avaient passé depuis. Ils avaient appris à vivre sans Vital. Le temps avait fait son œuvre : Théo ne parlait presque plus de «papa» et jouait de nouveau au foot avec ses amis. Aline souriait à nouveau, même si la cicatrice intérieure demeurait.

Puis, un jour, le téléphone avait sonné. Vital. Dune voix douce et coupable, il avait demandé à la voir. Aline avait senti une vieille blessure se rouvrir.

Je ne te recevrai pas à la maison, désolée, avait-elle répondu. On peut se voir au parc pendant que Théo est à lécole.

Ils sétaient retrouvés près des parterres de fleurs où ils se promenaient autrefois en famille. Les bancs étaient humides après la pluie, les feuilles mouillées collaient aux semelles. Vital, en six mois, avait maigri, son vieux blouson flottant sur lui.

Merci dêtre venue… commença-t-il. Je… Je suis un idiot. Jai tout gâché. Donne-moi une seconde chance, sil te plaît.

Il resta immobile quelques secondes, puis tomba à genoux et sortit une petite boîte. À lintérieur, une bague scintillait.

Pardonne-moi. Jai compris ma bêtise

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Le tien est donc le mien aussi
Ho fatto il DNA e confermato le mie intuizioni